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Histoire de notre village

Le Village

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Le nom original de la commune est Centernach, cité en 899 (villare Centernacho). Il s’agit vraisemblablement d’un nom de personne ( Centerinus,ou Cincturinus ou Centuriones) lié à un domaine gallo-romain formé avec le suffixe -acum. Alors qu’au XIIème siècle on trouve encore Centernacum, dès 1137 Ermengaud de So mentionne Sent Ernach, devenu Sanctum Arnachum en 1214, Sent Arnach en 1395, puis au XVIIème siècle Saint-Arnac ou Saint-Arnach.

Il n’y a aucun saint qui s’appelle Arnac, mais Arnach était un nom de domaine d’origine germanique, jadis assez répandu, qui a pour racine arn, l’aigle, suivi du même suffixe -acum et a donné de nombreux toponymes en France.

La première mention connue (899) évoque le fait que Saint-Arnac, qui n’était alors qu’un hameau (villare), appartenait en franc alleu au noble Estève et à son épouse Anna, nièce de Berà, Comte du Razès et de Barcelone. A partir du XIIème siècle, une série de donations qui s’étend sur plusieurs années (de 1137 à 1214) place l’ensemble du territoire sous la dépendance des templiers du Mas Deu, près de Trouillas. Saint-Arnac devient une préceptorie annexe (un précepteur appelé le « frère Estève » est mentionné en 1214). Les Templiers créent , au bord de l’Agly, un moulin à huile qui perdurera, plus tard comme minoterie,  jusqu’au XXème siècle. L’ordre des Templiers étant supprimé au début du XIVème siècle, Saint-Arnac passe ensuite entre les mains des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem. A noter, cependant, qu’un document de 1750 nous dit que la paroisse appartient au roi.

Les textes médiévaux nous apprennent qu’il y avait deux autres lieux habités non loin du village. L’un s’appelait la villa de Borrad, l’autre, plus important, était la paroisse de Saint-Etienne de Derch, dont Saint-Arnac dépendait en 1137. D’après la carte de Cassini (fin du XVIIIème siècle) il existait une église de Saint-Etienne en ruine, qu’elle situait sur la rive gauche de l’Agly, non loin du pont de la Fou.

En 1368, la popUlation ne dépassait pas une trentaine de personnes (6 feux) ; elle était passée à 60 habitants en 1750. A cette date, la plupart des terres sont incultes et on y produit très peu de vin. Par la suite, la population est restée assez peu importante, avec un maximum de 150 habitants en 1836 et un minimum de 65 en 1990.

En 1878, le 25 septembre exactement, la commune fit venir l’eau jusqu’à la place principale. Une fontaine l’agrémentera en 1881, placée là sous la direction de Baptiste SALVAT, le maire de l’époque. En 1920, on ouvrit, sur le territoire du village, une carrière de feldspath. En 1937 les produits de la commune sont les moutons, le vin, le seigle et le foin. De nos jours, la vigne et l’élevage de chèvres maintiennent la vocation agricole de Saint-Arnac.

Les Templiers et notre village

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De bonne heure, le Mas Deu augmenta l’importance toujours croissante de ses possessions en Fenouillèdes. Deux maisons principales avaient conjointement la charge du contrôle, de la gérance, de la mise en rapport des biens.

Ce sont les maisons de Corbos et de Centernach (Saint Arnac *), alors dépendantes du Diocèse de Narbonne. C’est en 1137, que les Templiers s’installèrent à Centernach.

Mais pourquoi ce choix de Centernach? Isolement, d’où sécurité plus grande, richesse de la terre, proximité de l’eau. D’autres raisons, peut être, que nous ignorons. Mais le fait est là et il est patent. Quoiqu’il en soit, Centernach possédait déjà ces lettre de noblesse. Son nom figure sur un diplôme de l’an 899. »Et in pago FenolesedoVillare quod dicitur Centernaro cim omni integritare » soit, dans le pays du Fenouillèdes il existe un hameau et des terres que l’on nomme Centernach (Centernago, Centernag, Sent Ernach).Parmi les Précepteurs commis à Centernach quand le territoire fut érigé en Préceptorie il faut citer: Frère Etienne de 1214 à 1217, Jean d’Argeles en 1256, Pierre de Campredon de 1263 à 1265, Pierre de Canohès 1266, Raymond de Golatz en 1275.

Centernach possédait un important troupeau placé sous la garde de Pierre de Centernach mort vers 1319, qui le fit prospérer, multiplier les métairies et les enclos pour abriter ses bêtes.

Pierre de Canohès se soucia avec soin de la culture de l’olivier. Il pullulait à cette époque sur les collines et le moulin de l’Agly avait seul, la charge du rendement en huile. Raymond de Golatz lui succéda. ( Extrait du livre « Les Templiers en Roussillon » d’ARNAUDIES Fernand).

Les revenus du temple en Fenouillèdes sont trés modestes. La Préceptorie de Saint Arnac, comprenant les deux castra de Saint Arnac et Lesquerde, ne fournit que 2,8% des revenus en numéraire de la commanderie, 3,2% de l’orge et 2,8% du froment. La réserve de Saint Arnac n’est pas décrite; néanmoins on peut l’estimer à deux pièces de terre au maximum. la part du domaine dans la production totale de cette préceptorie est cependant importante puisque les terres en faire valoir direct fournissent 23,2% de l’orge et 75% du froment. (Extrait du livre « Une commanderie Roussillonaise » Annale du midi Laure VERDON).

Le Moulin de Saint-Arnac

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L’ordre des Templiers, à l’époque de la construction du Mas Deu, en 1137, reçut des donations : Centernach et ses alentours qu’ils érigèrent en préceptorie.
Celle-ci, située sur les bords de l’Agly, consistait uniquement en un moulin à huile, une maison à côté de celui-ci, résidence du précepteur, et une petite chapelle à nef unique sans chœur.

A la chute des Templiers, en 1312, leurs biens furent donnés aux Hospitaliers de l’ordre de Saint Jean de Jérusalem, l’ordre de Malte. La commanderie des Hospitaliers d’Homps  (Aude) devint « seigneur » de certaines communautés de Fenouillèdes , ce que précisent plusieurs baux du moulin de St-Arnac , et ce, jusqu’au XVIII° siècle. Ces biens étaient concédés en « fief » : comme en attestent des baux passés devant notaire, les Alverny, seigneurs de Castelfizel et de Lapalme tenaient pour les Hospitaliers le moulin de St-Arnac, qu’ils affermaient à des meuniers.

En 1679, une violente crue de l’Agly avait endommagé la paissière (chaussée du moulin) et le canal d’amenée, et abattu le moulin.
Par la suite, différents fermiers du moulin se succèdent, dont Germain Busquet ; « Germain Busquet fermier des droits seigneuriaux de St Paul y demeurant aussi présent et acceptant un moulin à bled situé dans le terroir et juridiction du lieu de St-Arnac ».

La famille Busquet détiendra le moulin pendant 119 ans.
Germain Busquet originaire de l’Aude, descendant d’une famille de meuniers de la région de Lagrasse, est également un homme d’affaires.
Par acte du 16 septembre 1774, il rachète la rente perpétuelle à laquelle il est soumis et devient ainsi de plein droit propriétaire du moulin de St-Arnac.
A la mort de son père, Pierre Busquet (parfois prénommé Gabriel) devient meunier du moulin, encore mineur ; il est assisté de Gabriel Lacombe son tuteur, parrain et ancien associé de son père.

En 1798 (l’an VII), est établie la première description du moulin à l’occasion d’une enquête menée sur les moulins hydrauliques du nouveau département des Pyrénées Orientales.

Le document d’enquête précise l’existence  « de deux meules à farines et d’un moulin à huile contigu, la prise d’eau est à la distance de 436m par une digue en poutres et en pieux fichés dans le rocher ayant un mètre et demi de hauteur ».

Pierre Busquet afferme d’autres moulins à Paziols, Maury , St-Paul et Tuchan.
Pierre Busquet fut maire de St-Arnac en 1823 comme son gendre Benoit Grand qui lui succéda à la tête de la Mairie et du moulin.
Au décès de Pierre Busquet, le 26 février 1823, son fils Jean hérite des moulins dont celui de St-Arnac, bien sûr, et celui de St-Paul.

Le 18 juin 1823, Jean Busquet vend le domaine de St-Arnac (terres et moulin) pour trente mille francs à Benoît Grand qui épouse Hélène Busquet fille de Pierre Busquet et sœur de Jean. La dot de la mariée est de quinze mille francs.
Cette union renforce les liens entre ces deux puissantes familles de meuniers propriétaires.

Benoît exploite le moulin de St-Arnac pendant dix ans, un temps avec le concours de François Fontvieille, meunier à farine qui fait partie de sa parentelle.

Le 1er août 1833, Benoît réalise un échange avec son frère Théodore : propriétés de vignes et autres contre le moulin à farine et à huile (domaine de St-Arnac), le moulin change de main mais reste propriété de la famille Grand.

En 1862, Théodore Grand se retire peu à peu des affaires.

Le premier février 1862, le moulin de St-Arnac est affermé à Pierre Clément, meunier à farine domicilié à Rasiguères au moulin de Régateu.

Le 23 octobre 1862,Théodore Grand et Anne Respaud son épouse vendent terres et moulins. Jean-Pierre Ruffié rachète le moulin à farine et ses dépendances, d’autres acheteurs se répartissent les biens restants.
Jean-Pierre Ruffié est un descendant d’une famille de Montfort sur Boulzane, originaire de l’Ariège.

Le moulin de St-Arnac passera entre les mains de Lin (fils de Jean Pierre Ruffié) puis de son petit-fils Désiré qui connaît quelques déboires (liquidation judiciaire au tribunal de commerce de Perpignan le 8 novembre 1912 suivie d’une condamnation pour banqueroute simple).

Enfin, Raymond Alphonse, fils de Désiré, reprend le moulin avec la veuve de Désiré, mais sont contraints à la vente en 1938 .

La minoterie :

En 1910 le moulin est totalement modifié techniquement par Désiré Ruffié, le rouet horizontal du système hydraulique est remplacé par une turbine « radiale Francis », qui alimente une génératrice d’électricité, les meules anciennes sont remplacées par des machines à cylindres pour les moutures.

La génératrice de 27 cv est insuffisante, on y adjoint deux moteurs électriques de 15 et 20 cv.

Jean Baptiste Ruffié est le premier meunier dans les Pyrénées Orientales à effectuer un saut technologique important à St-Arnac, participant ainsi à la disparition des anciens moulins hydrauliques à faible rendement.

Les éléments innovants sont :

  • la turbine hydraulique créée en 1820 ;
  • la dynamo électrique mise au point en 1868 ;
  • la machine à cylindres qui apparaît vers 1830, est perfectionnée en 1866.

La minoterie Ruffié connaîtra une interruption de 1923 à 1935.

En 1938 Raymond Ruffié, dernier propriétaire de la famille, vend la minoterie aux frères Marius et Raymond Granier.

Aprés 1945, André Piet, boulanger à Perpignan a acquis de l’un des frères Garnier la moitié des parts de la société. En 1963, à son retour de service militaire, Marcel Piet, fils d’André, reçoit une formation en meunerie et vient travailler à la minoterie.

Il acquiert la seconde partie des parts de la société vers 1970, et exploite directement jusqu’en 1994.

Durant cette période, la minoterie est transformée et modernisée.

1964 : la minoterie peut traiter 200 quintaux de blé par jour
1974 : 550 quintaux par jour
1981 : 800 quintaux par jour

A partir de 1994, Marcel Piet a pressenti l’évolution du marché, la bascule de la boulangerie artisanale vers la revente de produits industriels, ainsi que la concurrence de la grande distribution.

Il n’avait d’autre alternative que la cession de ses parts, ou d’importants investissements propres à rénover l’outil d’exploitation.

Il opta pour la vente de ses parts. Il vend ainsi la minoterie à une société tarnaise, celle-ci ayant posé comme condition à l’acquisition de la société qu’il en demeure le directeur pendant cinq ans, ce qui fut fait.

En 1998, l’exploitation par la société tarnaise cessa et les machines furent vendues.

Aux dires de Marcel Piet, l’implantation à Saint-Arnac de la minoterie, loin de ses centres habituels d’approvisionnement, mais proche de ceux de distribution, n’a jamais représenté un handicap, le réseau routier étant suffisamment adapté.

Résumé de l’article ARCHEO 66 n°32  intitulé : « Saint-Arnac – Du moulin templier (1137) à la minoterie de la vallée de l’Agly (1910) et à la microcentrale électrique (2007) ».

Le document signalé ci-dessus plus complet historiquement et techniquement s’accompagne d’une fiche technique « Moulin A 190, lieu-dit « Moulin de Saint-Arnac ».

9 septembre 2020

Poème d’Aimé Rigaill

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Enivré de couleurs, de parfums, de lumières,
Souriant le matin, rêveur quand le couchant,
Couvre de baisers chauds les toits de ses chaumières,
Saint-Arnac, radieux sous le royal plain-chant,
De ses pampres altiers animant la nature,
Exalte des midis avec tant de chaleur,
Dans sa munificence avide de peinture,
Qu’aux échos de sa cloche on sent battre son cœur !

À son rythme ce sont les Corbières qui vibrent de toutes leurs cordes sensibles au souffle d’une Tramontane ou d’un Cers porteurs de la musique des troubadours qui les ont chantées, ou véhicules ardents des passions que l’histoire a gravées sur chaque rocher, sur chaque lande, où dans la fraîcheur sereine de ces bois toujours prêts à restituer en rumeur étouffées les images imprécises mais présentes, que les siècles leur ont léguées.

Car, ici, la mémoire des hommes s’inscrit à tout moment depuis la nuit des âges :

  • Paléolithique : Galets, Silex, Bifaces, Choppers, éclairant la vie de l’homme de Tautavel dont le musée qui abrite son crâne se situe à 20km à peine de Saint-Arnac.
  • Néolithique : Dolmen à Feilluns (15km)
  • Vestiges Romains : Aqueduc sur l’Agly à Ansignan (7km)
  • Vestiges Wisigothiques : Sépulture à Estagel (20km) et à Tautavel dont les fouilles récentes ont permis la récupération d’objets importants sur le plan archéologique.
  • Monument des Templiers : Moulin de Saint-Arnac (en l’an 1137).

Et, pour nous rappeler cette période tumultueuse où les idéaux se moquaient des tortures, voici le fantastique polygone de ces châteaux : Fenouillet, Sabarda, Castel-Fizel, Puylaurens Peyrepertuse et Quéribus.

Indifférents aux morsures du temps, ils dressent comme autant de défis à la tyrannie des forts ou des puissants, les pans toujours aussi arrogants de leurs murs encore teintés du sang cathare et qui sont demeurés les écrins des souvenirs et des philosophies que les ans ne peuvent altérer !

Foin du traité malsain qui fit de nos Corbières,
Ces comtés séparés de ceux du Roussillon,
Victimes des remous et du fol tourbillon,
Pourvoyeurs de conflits et dresseurs de frontières !
 
Leurs seigneurs résolus ont levé des rapières,
Contre la tyrannie de son noir pavillon,
Et de leur foi cathare empourprait le sillon,
Laissant au souvenir l’orgueil de leurs poussières
 
Saillant des rocs virils, témoin silencieux,
L’apostat pointe un doigt vers l’azur anxieux,
Où le pampre arrogant s’inscrit en majuscules.
 
Lors, berger immortel, le vieux château, juché,
Sur les à-pics bleuis, contemple au crépuscule,
Le soleil qui s’endort dans un lointain bûché !

Aujourd’hui, Saint-Arnac baigne dans la douceur de sa tranquillité.

Des fenêtres se sont fermées, des tombes se sont ouvertes.

Victime, comme beaucoup de villages de cet arrière-pays caché dans la pénombre du présent, d’un progrès dirigé par une économie dévorante.

Il a perdu de son romantisme en gardant cependant la rusticité qui fait son charme et le bonheur de ceux qui ont le privilège de le connaître, ou de l’habiter, ne serait-ce que l’espace de quelques jours ou de quelques instants.

Plus-bas, sa vallée recueille les bruits modernes de sa minoterie, mais garde jalousement, pour celui susceptible de les entendre, confondus aux clapotis musicaux de l’Agly, les murmures nostalgiques du moulin à huile que les Templiers avaient implanté en ces lieux, alors Sent Ernach en 1137.

Malheureusement, depuis 1998, le bruit de la minoterie a cessé de nous bercer, victime d’un contexte économique sans compassion, elle mit un terme à ses murmures.

Maîtres de cette contrée pendant de très longues décennies, les oliviers ont cédé à la vigne les espaces secrets d’une nature sauvage. Ils acceptaient de déférer aux fouloirs de ses caves la noblesse infuse au cœur de chaque parcelle. Un terroir où les Dieux ont réuni leurs génies, leurs caprices, leurs désespoirs et leurs révoltes pour sculpter des paysages aux tonalités infinies, où la tendresse épouse la frénésie dans l’orchestration d’une sublime rhapsodie.

La poésie de son nom, Centernaco (899), Sent Ernach (1137), Centernacum (1153), Centernac (1157), Arnacum (1214), Sent Arnach (1395) et Saint-Arnac à partir du 17ème siècle.

Celle des troubadours et des derniers habitants de ces terres a su préserver un monopole aussi lointain que les origines d’un peuple orgueilleux, de ses racines fièrement ancrées dans une région qui refuse de sombrer sous les exigences d’une époque sans pitié pour les légendes et les rêves.

Alors, quand les midis ont fait de ce village un creuset de lumières :

Ses murs sont imprégnés de calmes somnolences,
À l’approche des soirs décroissant en bé mol,
Et, préfaçant des nuits les chastes indolences,
La virtuosité de l’humble rossignol,
Dépose une musique aux creux de ses silences !                                            Aimé RIGAILL

Sociétaire de l’Académie des Poètes Classiques de France

* Les gorges de Galamus et le barrage de l’Agly (mis en eau en 1994), équidistant (10km), viennent compléter la magnificence de ces lieux.